Un concert Noise/Grind/J-pop à Shinjuku, Tokyo

Sommes-nous les gens les plus chanceux du monde? Si notre niveau de vie occidental dit oui, notre soirée d'hier le confirme. Nous rendant dans une petite salle de concert, Urga, pour assister au live de Syndrome WPW, nous sommes avantageusement tombés sur des concerts et des gens bizarres.

 

 

Tokyo, une ville où tout marche bien. Les trains sont à l'heure, les gens baissent le regard et chérissent la tradition. Ils côtoient, surement sans le savoir, une scène ultra-hardcore de musique noise qui passe l'âme à la moulinette et tourne en ridicule quinze siècles de boudhisme zen. L'Urga, c'est une salle alternative où l'on peut voir ce genre de sons. Nous y sommes invités par Serge, alias Syndrôme WPW, qui y joue ce soir. Plusieurs concerts le précèdent.

 

 

D'abord, imaginez Yoko Ono en train de triturer une table de mix et une pédale wah-wah avec l'intention de vous péter les oreilles juste pour le fun: c'était le premier concert de la soirée. J'avais oublié mes boules quiès et j'ai eu mal—mais ça valait la peine, parce que le type qui jouait (honte à moi, je ne me rappelle pas son nom) cumulait de manière spectaculaire la gentillesse et l'humilité avec une sacrée dose de folie malsaine.

 

 

Puis nous avons vu MikadozombieZ , deux musiciens qui passent de la j-pop au mixer et rajoutent une couche de guitare électrique destroy par dessus. J'ai essayé de parler au guitariste mais on était les deux trop saouls pour se comprendre au-delà du basique « Putain mec c'est trop cool ce que tu fais—Merci mec». Le gars aux platines (aux ordis) avait un sourire lubrique qui trahissait son plaisir de détruire les choses bien faites.

 

Puis est venu mon idole de la soirée, un type d'une bonne quarantaine d'années, très fin, avec quelques cuites au compteur, armé d'une Fender Strat et d'un ampli Marshall 8000 watts. Il chantait de la pop sirupeuse interrompue par des phases noise-trash à couper au couteau. Si j'était membre du jury de Japanese Idol, je voterais pour lui.

 

Syndrome WPW: de l'acid-folk-trash-punk à 200 à l'heure à la sauce clavier-hero destroy. Il est arrivé à la salle peu avant son concert, tiré à 4 épingles, chemise dans le pantalon comme on dit chez moi, avant de monter sur scène et tout casser. Nos vidéos iphone ne lui font pas justice, alors voici une vidéo Youtube qui rendra mieux la puissance du show:

 

http://www.youtube.com/watch?v=jhGDj1Pg5uw

 

Il a confirmé mon soupçon que sous tout homme d'affaire classe se cache une rock-star psychopathe en puissance. Reste à déterminer si sous toutes rock-star psychopathe en puissance se cache un homme d'affaire.

 

Ai-je déjà mentionné que les entractes étaient meublées de grindcore metal ultra-brutal, avec un groupe appelé « 3 ways to brutality » dont les noms de chansons suffiraient déjà à écrire un article? « An ordinary slow and painful torture », « a stillborn cannibalism manual », « Pound of meat », et le hit du CD: « Anatomical Schame of human form » (la coquille est d'origine). Je vais acheter le CD.

 

Est venu ensuite un type chauve, habillé en bonze, venu pour faire du mal en public avec un saxophone. Imaginez un type tout seul sur scène, qui souffle dans son instrument comme un dératé en répétant plusieurs fois de suite les mêmes patterns—dont on comprend l'origine mélodique, mais qui se transforment en coups de hachoirs saturés naturellement.

 

Dernier concert de la soirée: Cracksteel, une « unité d'improvisation noise » selon leurs propres mots. Si vous aimez la musique underground, vous aimerez Cracksteel.

 

Et si vous aimez faire des références à des groupes que personne ne connait (« Ouais, c'est un groupe polonais qui a existé deux semaines en 1998 »), vous aimerez surement cette vidéo que seules 12 personnes ont vue pour l'instant. On pourrait quantifier l'undergrounditude d'un groupe par le nombre de vues sur youtube je crois, non?

 

http://www.youtube.com/watch?v=pXT-rT_I6bs&feature=related

 

Le batteur était assez impressionnant. Crête de punk et tatouages, ça fait son effet, surtout lorsque l'on sait qu'au Japon seuls les Yakuzas sont tatoués. En tout cas, ça collait assez bien avec l'aspect « crime organisé » de sa musique.

 

 

La vie underground de Tokyo, telle que vécue à l'Urga lors de cette soirée mémorable, est unique en son genre. S'il est vrai qu'en dehors de nous le public était composé en majorité des musiciens qui jouaient pendant la soirée, il y a dans les caves de Tokyo une énergie brute qui produit des flyers vraiment cools.